« Djihad », une pièce de théâtre pour lutter contre la radicalisation

Lutter contre la radicalisation avec une pièce de théâtre : c’est le pari un peu fou du Belge Ismaël Saidi. « Djihad », le nom de la pièce (bientôt adaptée au cinéma) a pris le parti de mettre les pieds dans le plat pour expliquer – et démonter – les ressorts de l’embrigadement djihadiste.

C’est l’histoire d’un trio de bras cassé qui veut partir faire le djihad en Syrie. Ben, Ismaël et Reda, trois copains de cité, veulent aller « défendre leurs frères » au front, sur le terrain, là où ça chauffe. « Le long de cette odyssée tragi-comique qui les mènera de Schaerbeek à Homs, en passant par Istanbul, ils découvriront les raisons qui les ont chacun poussé à partir et devront faire face à une situation beaucoup moins idyllique que prévue », indique le synopsis.

Humour noir et tragi-comédie

« Pour parler d’un sujet aussi grave, il était indispensable que ce soit montré de manière comique, a expliqué à 20 mn Adel Djemai, qui joue le rôle de Reda, une sorte d’imbécile heureux. Et l’humour fonctionne, même très noir, comme dans une église dévastée en Syrie où la rencontre avec un chrétien suscite un rire franc autant qu’une puissante émotion.

« Djihad » a été conçue en 2014, donc avant les attentats de Charlie Hebdo, du Bataclan et de Bruxelles. Au départ, la pièce devant durer peu de temps, cinq représentations à Schaerbeek, au nord de Bruxelles, mais trois ans plus tard la pièce continue à circuler un peu partout, et fait un carton. 130 000 spectateurs, dont beaucoup de collégiens et de lycéens, l’ont vue, et elle doit être adaptée au cinéma.

Comprendre la radicalisation

Il faut dire que tous les ingrédients du succès sont au rendez-vous : le réalisme, l’humour, la finesse. Jouant sur les clichés et les tabous pour mieux les déconstruire, Ismaïl Saïdi n’oublie pas d’aborder les vrais sujets : la radicalisation, l’extrémisme, le rapport à la violence et à la mort… « La pièce cherche à comprendre pourquoi ces mecs-là deviennent radicaux et comment on peut les sauver, explique Helmi Dridi (Michel). Et la seule solution, même si ça paraît utopique, c’est l’amour. »

En fait, « Djihad », c’est surtout l’histoire de trois jeunes des cités, trois jeunes qu’au départ rien ne prédestinait à s’engager dans cette voie mortifère. L’un voue un culte à Elvis Presley, l’autre adore les mangas et le troisième est u amoureux transi. Des jeunes « normaux », donc, mais un peu fragiles, et qui vont basculer, ou se laisser happer. Enclins à la victimisation, ils reflètent cette infime minorité de jeunes musulmans d’Europe qui, en proie au désarroi et à l’anomie, se cherchent des moyens d’exister, et des boucs émissaires. Jusqu’à ce que, au bout de leur chemin, ils prennent conscience de leur erreur. Trop tard.

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